Être aidant proche, au risque d’une sanction sociale?

La réforme du chômage adoptée par le gouvernement fédéral entrera en vigueur le 1er mars 2026. Elle prévoit une limitation stricte de la durée des allocations à 24 mois. Présentée comme un levier de remise à l’emploi, différents angles morts se font jour petit à petit. Celui des aidants proches en est un.

Les aidants proches sont des personnes qui consacrent une part significative de leur vie à prendre soin d’un proche malade, dépendant ou handicapé. Il s’agit souvent de cas lourds, nécessitant un accompagnement constant. Beaucoup de ces aidants proches doivent alors réduire ou abandonner leur activité professionnelle, faute de solutions adaptées. Ce choix n’est pas un retrait du monde du travail: c’est une contribution sociale essentielle qui devient nécessité.

Or, à ce stade, la réforme ne reconnaît pas cette réalité. Dans le calcul des droits au chômage, ces périodes comptent simplement comme une absence d’activité, faisant fi de leur contribution sociale nécessaire. Résultat: au terme des 24 mois, des personnes s’occupant de leur proche malade risquent de se retrouver exclues des allocations de chômage, sans possibilité réelle de reprendre un emploi.

Ce sont notamment des parents d’enfants en situation de handicap lourd qui sont menacés.
Ils assument un rôle que l’État et les services publics ne peuvent aujourd’hui pas remplacer. Les pénaliser financièrement revient à transformer le nécessaire accompagnement d’un malade en sanction sociale injuste.

Dans son mémorandum 2024, le Centre d’Action Laïque plaidait notamment pour « visibiliser et renforcer le statut d’aidant proche et de jeune aidant proche ». Ainsi, fort de sa tradition d’assistance morale, il relaie aujourd’hui la crainte du secteur envers une politique qui sanctionne celles et ceux qui rendent des services indispensables à notre société, sans reconnaissance ni protection1. La solidarité n’est pas une charge individuelle, mais une valeur collective fondamentale.

Le mouvement laïque plaide donc pour un statut juridique protecteur pour ces personnes: un statut qui garantisse des droits sociaux, de la dignité et un accompagnement adapté.

Une société juste ne doit pas opposer l’aide à un proche à la sécurité sociale. Reconnaître et protéger les aidants proches, c’est affirmer une vision de la solidarité, de l’égalité et de la dignité humaine qui va au-delà des chiffres et des seules logiques administratives.

  1. https://www.lesoir.be/721719/article/2026-01-12/la-reforme-du-chomage-fait-trembler-les-aidants-proches ↩︎
Partagez cet article: